Internet a créé une nouvelle forme d'engagement politique

Publié le par odile Biger

L'idée n'est pas forcément neuve et originale mais tant pis: j'y vais moi aussi de ma petite réflexion sur l'influence des nouvelles pratiques Internet sur le paysage et le comportement politiques dans notre pays.

 

A l'occasion de la campagne électorale des présidentielles, le Web est sans doute devenu la plus grande tribune d'expression politique que la France ait jamais connu.

  

- Des milliers de blogs politiques se sont créés.Certains se sont fédérés sous des étiquettes politiques (désirs d'avenir pour les partisans de Ségolène Royal, les blogs de la France d'après pour les partisans de Nicolas Sarkozy), d'autres sont restés indépendants,   

                                            

- Les prises de position des différents candidats, les péripéties de la campagne  ont donné lieu à des milliards de commentaires sur le Web.

 

- Internet a favorisé la diffusion d'informations que certains auraient bien aimé garder secrètes,  l'émergence d'idées neuves et, aussi, malheureusement, la propagation de quelques fausses rumeurs.

 

Bref, en un mot comme en cent, le Web a vraiment joué un rôle significatif pendant cette campagne. Il a fait bouger les comportements des hommes politiques et des citoyens, poussant les uns un les autres à communiquer autrement.

 

Je suis convaincue que cette tendance, loin de disparaître une fois la période électorale terminée, devrait au contraire influencer durablement l'organisation de la vie politique dans notre pays au cours des prochaines années. Et je m'explique:

 

Jusqu'à présent la politique, en dehors des grands rendez vous électoraux, était surtout l'affaire de deux catégories de citoyens: ceux que j'appellerais les "professionnels" d'une part (élus, chefs et permanents des partis) et les "militants" d'autre part (membres de partis politiques, d'associations, de syndicats ...).

 

Mais Internet a favorisé l'émergence d'une nouvelle forme d'engagement politique: celle qui consiste à prendre la parole sur le Web pour donner son avis,  faire partager son point de vue, exprimer ses colères et ses indignations, défendre ses coups de coeur. C'est la fameuse "démocratie participative" évoquée par Ségolène Royal d'abord, puis "récupérée" par tous les candidats.

 

Prenons mon cas personnel: depuis toujours je m'intéresse à la politique (j'étais sur les bancs de Sciences Po en même temps que notre nouveau Président c'est tout dire!). J'ai mes convictions et je n'hésite pas, si nécessaire, à descendre dans la rue pour les défendre. En revanche, je ne me suis jamais inscrite à aucun parti politique. Pourquoi ?

 

Trop individualiste ?  Peut être... Crainte d'être associée à certaines personnes que je n'apprécie pas forcément, pas disponible pour les réunions et rassemblements divers, pas envie d'avoir une étiquette et ... des milliards d'autres bonnes et mauvaises raisons.

 

Je ne dois pas être la seule dans ce cas. Au final il existe donc, pour tous les partis politiques, un "gisement" de sympathisants qui ont peut être beaucoup de choses à dire mais ne feront jamais la démarche d'aller prendre leur carte pour participer activement à la vie du parti. Cela peut faire beaucoup de bonnes  idées, d'expériences et de contacts perdus.

 

Grâce au Web, cette population silencieuse trouve enfin sa place dans la vie politique. Elle va pouvoir constituer la "troisième force" des grands courants d'idées et leur apporter du sang et des idées nouvelles sans rien demander en échange si ce n'est un peu d'écoute.

 

François Bayrou, candidat malchanceux du premier tour, privé d'organisation politique pour le soutenir, va probablement beaucoup s'appuyer sur cette force alternative pour rester présent dans la vie politique. Nicolas Sarkozy a déjà clairement manifesté sa volonté de s'appuyer sur cette foule de sympathisants méconnus.  Il ne reste plus que le parti socialiste à ne s'être pas encore exprimé sur cette question. Quel sera le statut de "désirs d'avenir"  et de tous les blogs Ségolénistes nés pendant la campagne ? Force d'appoint ou d'opposition aux structures en place ? On attend encore la réponse...

 

Une chose est déjà sûre : la blogosphère citoyenne est sortie gagnante de cette élection. Et à l'avenir, Il faudra bien compter avec elle.

 

 

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