Les nouveaux médias: danger potentiel pour la cellule familiale ?

Publié le par odile Biger

 

Avec le développement des nouveaux supports numériques, la consommation des médias se fait de plus en plus "nomade" et  "individuelle". Ce phénomène qui touche de plein fouet le monde des annonceurs et des médias a aussi de profondes conséquences sur l'évolution de la cellule familiale et des liens qui s'y tissent.

 

Aujourd'hui, dans un grand nombre de familles,  chacun ou presque possède ses propres supports multimédia (téléphone mobile, PDA, ordinateur individuel, baladeur multimédia, console de jeux, lecteur DVD portable ...) pour "consommer" ce qu'il veut, quand il veut, où il veut.

 

Conséquence directe de ce phénomène, l'usage des médias est de plus en plus fragmenté en terme d'horaires et de plus en plus éclaté en terme d'audience.

 

Finies les retrouvailles familiales autour des informations télévisées et les discussions animées qui s'en suivent! Il n'y a plus guère que les grands rendez vous sportifs (le foot surtout) ou quelques évènements d'ampleur nationale pour rassembler la famille autour du petit écran. Et encore ! Le reste du temps, c'est "chacun pour soi, chacun chez soi". Le carrefour du 20 h et la notion même de "prime time" sont sur le point de disparaître et la mesure de l'audience par foyer perd progressivement de son sens.

 

Pour s'adapter à cette nouvelle donne, les instituts d'étude doivent aujourd'hui reconsidérer tous leurs outils de mesure. Signe des temps, Mediametrie qui fait toujours office de référence en matière d'analyse de la consommation des médias, vient d'annoncer plusieurs évolutions majeures dans ses méthodes et son offre:

 

- Premier changement de taille: l'étude de référence sur les équipements multimédia menée en partenariat avec GFK ne se contentera plus de fournir des données par "foyer". Les informations d'équipements multimédias seront également données par individu.

 

- Deuxième changement: pour tenir compte des phénomènes de diffusion différée liés au podcasting, on ne se contentera plus de mesurer l'audience globale d'un programme de télévision mais on cherchera également à savoir à quelle heure il a effectivement était visionné  par le téléspectateur.

 

- Enfin, Mediametrie travaille  à la mise en place d'un dispositif de mesure portable pour mesurer l'audience individuelle en situation de mobilité.

 

Les notions de "foyer " et d'audience globale disparaissent progressivement au profit de mesures plus individualisées, mais qu'en est-il de la cellule familiale ? Comment résiste t'elle aux évolutions des modes de vie induites par la révolution numérique en cours ? Comment les jeunes qui sont les plus fervents adeptes des nouvelles technologies partagent-ils leur temps entre relations familiales et médias numériques ?

 

Youthology  , le cahier de tendance sur les adolescents réalisé chaque année par NRJ Lab, s'est interrogé cette année sur l'évolution des liens familiaux dans un contexte ou la consommation de produits numériques occupe une place de plus en plus grande dans la vie des adolescents.

 

L'analyse est intéressante mais les résultats sont inquiétants:dans un entretien publié dans l'hebdomadaire Stratégies (N°1451), Florence Hermelin, Directrice  de la cellule de veille marketing du groupe NRJ, souligne les risques d'érosion du lien familial liés à l'usage croissant des médias numériques et à "cette nouvelle dépendance aux écrans" dont tous les parents n'ont pas forcément conscience.

 

"Les écrans préservent les adolescents du regard de l'autre et les libèrent de toute inhibition... ils deviennent un confident privilégié, un paravent qui protège de tout débordement émotionnel et leur permet de contrôler leur rapport aux autres".

 

Le danger pour être plus sournois et diffus n'en est pas moins réel.

 

Toujours selon Florence Hermelin, le risque est "que nos rebelles d'hier se transforment en une génération silencieuse, certes moins conflictuelle, mais qui se désocialisera doucement pour ne plus s'impliquer dans la vie sociale de la famille".

 

Il faut prendre garde à ce que les communautés virtuelles de bloggeurs, joueurs, internautes... ou l'isolement dans lequel on s'enferme pour regarder un film, télécharger  de la musique, écouter la radio n'aboutissent pas à la disparition de toute relation familiale. Ces relations faites tantôt de complicité et d'échange, tantôt de confrontations  et de remises en cause  sont nécessaires pour  l'apprentissage de la vie en communauté et pour se forger une personnalité capable d'affronter les communautés   - bien réelles celles là - qu'impose la vie en société!

 

 

 

 

 

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O
Il est vrai que rien ne remplace les échanges et les activités en famille. Cependant . quand l'ambiance n'est pas au beau fixe  il est parfois bien tentant de se réfugier dans sa bulle numérique pour oublier les tracas du quotidien (c'est d'ailleurs vrai pour les ados comme pour les adultes). C'est là qu'est le danger .
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D
Je partage en partie ton point de vue. En partie seulement car vue la piètre qualité du journal de 20h00, je pense que la perte est faible... Nous avons remplacé ce temps de non communication où la famille se gave d'images réductrices par des jeux de sociétés, de la lecture, bref des activités familiales riches en rires et en partage...
Les occasions d'échanges ne manquent pas non plus le soir autour de la table. On échange alors sur nos journée éclatées entre l'école et la vie pro, sur l'actualité (car nous nous tenons grandement informés via radios et web...) et tout le reste.
Ceci étant dit, il est clair que les mesures d'audiences sont à revoir du fait de l'éclatement de la consommation de l'info.
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