Politique audiovisuelle: la "rupture" n'est pas à l'ordre du jour!

Publié le par odile Biger

Puisque tous les principaux candidats à la Présidentielle ont  bouclé et communiqué leur programme pour le prochain quinquennat, on a désormais une représentation assez claire de leur projet sur ce que sera l'Audiovisuel de demain.

 

Dans son numéro daté du 15 au 21 février 2007, L'EXPRESS a interrogé François Bayrou, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy sur leur vision de la Télévision et,  le moins que l'on puisse dire, est que , sur le sujet, les 3 candidats ne se sont montrés ni très créatifs , ni très audacieux. 

 

Concernant le Service Public , par exemple , on a bien droit à quelques affirmations de principes peu engageants du style:
"je veux donner au Service Public audiovisuel la capacité de se différencier des chaînes commerciales. Cela suppose d'oser la création audiovisuelle, de participer pleinement au chantier de la connaissance et d'investir sur des programmes patrimoniaux " S. Royal
"On ne peut pas être exigeant à l'égard de l'audiovisuel public et le laisser dans un état chronique de sous-financement"  N .Sarkozy
 
 

Mais aucun des candidats ne propose un vrai projet, une vision claire de ce que pourrait être en service audiovisuel performant et de qualité avec des objectifs et des  moyens à la hauteur de ses ambitions.

 

Seule promesse (sur laquelle les 3 candidats sont d'ailleurs d'accord): pas d'augmentation de la redevance TV. C'est la publicité, qui , sous la forme d'une taxation des recettes des chaînes privées, pour S. Royal ou grâce à une augmentation du volume autorisé sur le service public, pour N. Sarkozy,  devra apporter aux chaînes publiques les ressources supplémentaires qui manquent à leur développement.

 

Est ce vraiment comme cela que les chaînes publiques parviendront à se démarquer du secteur privé ? j'en doute ...

 

Sur le rôle et l'organisation des autorités de régulation (CSA et ARCEP) l'heure n'est pas non plus à la révolution.

 

N Sarkozy prône carrément le statu quo "le CSA a pour mission de réguler le secteur de l'audiovisuel , notamment le contenu des programmes alors que l'Arcep régule le secteur des Télécoms. Je ne crois pas qu'il soit nécéssaire à court terme d'aller au delà de cette coopération informelle entre ces deux organismes"

Et S Royal plaide juste en faveur d'un "renforcement du CSA en matière de régulation des contenus " (Comment ? Pour quoi ? Mystère ...).

Quant à Bayrou, il se prononce en faveur "d'organes de régulation forts et indépendants" mais rien n'est dit sur les moyens donnés aux dits organes pour acquérir cette force et cette indépendance.

 

Quels sont alors les principaux changements proposés par les candidats ?

 

- Une loi sur la séparation des intérêts entre les grands médias et les grands groupes industriels pour S Royal et F. Bayrou ... et juste l'affirmation de beaux principes pour N Sarkozy " L'équilibre doit viser en permanence à conforter le développement de grands groupes français tout en préservant le pluralisme et l'indépendance du secteur. la situation actuelle satisfaisante dans ses grandes lignes n'exclut pas des adaptations " 

- La réorganisation de l'audiovisuel extérieur (TV5, France 24, RFI ) pour S Royal et F Bayrou ... et rien sur le sujet pour N. Sarkozy "je pense que ces chaînes possèdent des complémentarités remarquables... il faut qu'elles travaillent ensemble de manière coordonnée afin d'avoir une véritable ambition pour notre audiovisuel extérieur" 

- La réforme du mode de nomination des membres du CSA avec un rôle plus important donné au Parlement  est vue comme une nécéssité par tous les candidats.

et c'est tout  !

 

Conclusions

 

Mesdames et Messieurs les Téléspectateurs et les Professionnels de l'Audiovisuel, vous allez devoir vous faire une raison . ne comptez plus sur vos politiques pour mettre notre Télévision à l'heure de la révolution numérique et pour adapter son organisation et son mode de financement aux grands changements en cours .

Les candidats réservent  peut être leur volonté de rupture tranquille et leurs désirs de changement à d'autres sujets mais, pour la Télévion , la rupture n'est toujours pas l'ordre du jour.

 

Pour compléter le sujet,  lire mon post:  "Les professionnels s'invitent dans le débat présidentiel"

Publié dans billet d'humeur

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